L’enseignement explicite, une démarche par allers-retours
« Enseignement explicite » désigne une pratique pédagogique dont l’efficacité a été montrée par de nombreuses recherches, selon le Conseil scientifique de l’éducation nationale (CSEN). Elle s’articule autour de cinq grandes étapes : on ne passe à la suivante qu’une fois la précédente maîtrisée, quitte à y revenir. Voici ce qu’en dit la recherche, puis ce que j’en fais en classe.
Ce qui est rendu explicite
Selon la définition d’Archer et Hughes (2011), que cite le CSEN, les élèves sont guidés tout au long de l’apprentissage, par des énoncés clairs sur l’objectif et les raisons de l’apprendre, des explications et des démonstrations, puis une pratique guidée par des feed-back, jusqu’à une maîtrise autonome. L’enseignement explicite va du simple au complexe, ajoute le CSEN : la notion est d’abord découpée en étapes.
Ces cinq étapes sont l’ouverture, le modelage, la pratique guidée, la pratique autonome et la clôture. Bocquillon et ses collègues (2024) parlent du « caractère itératif, et non linéaire » de la démarche : on peut revenir à une étape antérieure selon les besoins d’un ou de plusieurs élèves.
Ce que montre la recherche
La méga-analyse de Bissonnette, Richard, Gauthier et Bouchard (2010) réunit onze méta-analyses, soit 362 recherches et plus de 30 000 élèves. Elle mesure des effets de 0,41 à 1,18 en lecture, 0,81 en écriture et de 0,58 à 1,45 en mathématiques. Les auteurs retiennent un seuil de 0,40 pour recommander une stratégie : l’effet moyen de différents facteurs, relevé par Forness (2001) et Hattie et Timperley (2007).
En lecture, l’écart dépend de ce qui est enseigné : 0,41 pour les méthodes phoniques systématiques, 1,18 pour des stratégies de compréhension de texte.
Ces recherches portent sur des élèves de l’élémentaire, en difficulté ou à risque d’échec. Pour une notion nouvelle, le CSEN estime que l’enseignement explicite bénéficie généralement à tous les élèves, y compris aux élèves forts.
Novice face à ce contenu-là
Pour le CSEN, « être bon élève ne signifie pas être expert » : faible ou fort, un élève apprend le plus souvent des connaissances nouvelles. Le guidage se règle donc sur la position de l’apprenant·e face à ce contenu-là, pas sur son niveau général.
Ce que je fais en classe
J’enseigne les mathématiques en 6e, 5e et 3e. Après le modelage, je tire un ou plusieurs élèves au sort avec une roue numérique, celle que j’ai construite. Je leur demande de réexpliquer à la classe les grandes étapes de ce que je viens de faire, ou la notion elle-même. Bocquillon et ses collègues (2024) appellent ce type de question une « objectivation spécifique de la compréhension ».
Pendant la pratique guidée, que je mène sous forme d’enseignement réciproque (j’y reviendrai dans un autre article), les élèves travaillent par deux et je passe dans les rangs. Je leur pose des questions pour vérifier leur compréhension, et d’autres sur la façon dont ils s’y prennent : ce sont, pour les mêmes auteurs, des « objectivations de la métacognition ».
Quand l’un des deux a compris et pas l’autre, je demande à celui ou celle qui a compris de jouer le « mini-prof ». Quand aucun des deux n’a compris, ou qu’un groupe d’élèves bloque, je refais un modelage rapide avec eux. Bocquillon et ses collègues décrivent ce geste : circuler pour repérer les difficultés, puis proposer davantage de pratique guidée, voire un nouveau modelage.
Ce qu’on ne sait pas encore
Plus les apprenant·es maîtrisent un contenu, moins il est nécessaire de l’enseigner explicitement : c’est « l’effet de renversement dû à l’expertise » (Kalyuga, 2007), cité par le CSEN. Le point de bascule reste à situer. Le CSEN pose une condition : un enseignement plus axé sur la résolution de problèmes peut devenir profitable à des élèves déjà compétents, à condition qu’il demeure guidé.
Ce que disent les données, en l’état actuel de la recherche.
Sur des élèves de l’élémentaire en difficulté, l’enseignement explicite obtient des effets de 0,41 à 1,45.
Ce que l’on peut en déduire comme stratégies.
Pour enseigner une notion nouvelle à des apprenant·es qui en sont novices, un guidage fort de type enseignement explicite est à privilégier.
Sources
- Bressoux, P. (2022). L’enseignement explicite : de quoi s’agit-il, pourquoi ça marche et dans quelles conditions ? Synthèse de la recherche et recommandations. Conseil scientifique de l’éducation nationale, avec les contributions de L. Sprenger-Charolles, M. Bocquillon et M. Demeuse, 20 p. Texte intégral en accès libre. C’est cette synthèse qui cite Archer et Hughes (2011) et Kalyuga (2007), dans sa propre traduction.
- Bissonnette, S., Richard, M., Gauthier, C. & Bouchard, C. (2010). « Quelles sont les stratégies d’enseignement efficaces favorisant les apprentissages fondamentaux auprès des élèves en difficulté de niveau élémentaire ? Résultats d’une méga-analyse ». Revue de recherche appliquée sur l’apprentissage, 3(1), 1-35. Texte intégral en accès libre. C’est cette méga-analyse qui cite Forness (2001) et Hattie et Timperley (2007).
- Bocquillon, M., Baco, C., Derobertmasure, A. & Demeuse, M. (2024). Enseignement explicite : pratiques et stratégies. Quand l’enseignant fait la différence. De Boeck Supérieur.
Tous les articles du thème sont réunis sur la page Enseignement explicite.